Ça fait maintenant un peu plus d’un mois que je suis revenu en Inde, et les choses ont bien changé. Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé, mais de nouvelles perspectives se sont instaurées, et je crois que j’aime être ici. Pour la première fois en un an, je me demande si je ne resterais pas un peu plus. J’ai enfin découvert, la chance que j’avais, les opportunités, et la richesse culturelle, visuelle, intellectuelle présente ici. Vous me direz, « Il était temps petit con. » Mais je crois que c’est un chemin logique. Il faut le temps de s’adapter, le temps de détester, le temps de haïr, mais pour finir par apprécier, et pour tout de même rester un peu sarcastique, je dirais que c’est comme les mariages indiens forcés, on apprend à aimer. J’ai appris à ouvrir les yeux, et à chercher quelque chose d’autre, à adapter mes attentes, pour découvrir d’autres plaisirs. J’ai transformé mon sentiment de captivité, en sentiment de liberté, qui parfois reste conditionnelle, mais tout de même. Je recommande cette expérience à tout le monde, même si c’est un chemin de croix, le résultat en vaut le coup, crois moi, l’herbe ne pousse jamais sur la route où tout le monde passe et comme l’écrivait Boris Vian, « Aussi longtemps qu’il existe un endroit où il y a de l’air, du soleil et de l’herbe, on doit avoir regret de ne point y être. (Surtout quand on est jeune.) » Les quelques clichés qui suivent, illustrent à mon sens ma renaissance, ce nouveau grand angle, m’a apporté une autre vision, riche en détails, de nouvelles compositions, et au-delà du sujet, son environnement, qui le rend encore plus intéressant.
En fait c’est assez amusant, quand on pense vite fait à l’image qu’on a de l’Inde quand on n’y est pas. Tout ce qu’on peut s’imaginer de fantastique ? Le pays de la médecine ayuverdique, le pays de la spiritualité, de l’éveil, du retour aux racines. Et puis les Bollywoods ! Des actrices plus belles que nature, des champions athlétiques plus musclés que schwarzy. Bref, on en est loin, mais c’est beau de rêver. Pour moi, ce pays est inimaginable tant qu’on y a pas mis les pieds. Parce qu’une fois n’est pas coutume, j’ai envie de poster quelques vidéos youtube, et vous laisser fantasmer. Et quand vous en aurez marre d’imaginer, venez visitez ! Vous avez encore 3 mois pour profiter de notre belle guesthouse.
L’incroyable pub 206. Elle reste quand même magique.
Quelques perles bollywoods, je définirais le Bollywood comme une manière de parodier de façon kitsch un block-buster américain, non ? (Merci Greg pour ton savoir inutile en vidéos indiennes)
Mon préféré :
Et parce que, les Punjabis, c’est des gens super chelouds. et qu’on aime se défoncer la gueule sûr une musique insoutenable de gaieté. (il parait que les indiens font les même vannes sur les punjabis que nous sur les blondes)
Je ne présente plus ce terme. vous le connaissez. et si vous ne le connaissez pas, allez lire ça : http://fonkypigeon.com/?p=387.
Je me disais, depuis mon retour en Inde tout se passe bien. Alors bien sûr il y a eu le coup de ce manager de la résidence, qui, parce qu’il est plus gros que les autres, et qu’il a un peu plus de pouvoir et qu’il nous aime pas nous autres les expats’, m’avait coupé mon courant pendant les vacances, foutant en l’air mes quelques réserves de bouffe. Mais ça allait, vu que je l’avais vu venir Obelix, j’avais quasiment tout mangé avant de partir. Et puis il y a eu les histoires de salaire où on s’était trompé sur mon montant d’impôts, on m’avait sucré 100euros (non, non ici votre salaire net n’est pas fixe…). Mais à part ça, la vie était paisible, voire agréable. J’avais, même, pas eu envie de me plaindre, c’est pour dire. Mais là ce soir, c’est un peu trop. Cet aprem, je suis allé acheter un socle/meuble prévu pour mon piano digital. je rentre chez moi, heureux comme un gamin qui veut ouvrir son nouveau jouet, et là… c’est la surprise, il manque une pièce au Légo. Le meuble type Ikea avait déjà été monté une fois, vu l’état général du machin, mais non seulement, ils ne l’avaient pas lavé, mais en plus, ils avaient oublié une des pièces maitresses du support du clavier. L’envie de tuer me prend, mais je me calme, et monte le reste… Arrivé à la fin, je pose le clavier sur la structure qui tenait tout de même debout… et je me rends compte que la largeur ne correspond pas… Ah les cons ! En même temps, j’aurais du moi aussi vérifier sur gougueule, mais bon, merde, je leur faisais confiance. Vous me direz, « ça va c’est pas trop » ( Mais pour du tcherno, un hamidou quand on n’a rien, c’est chaud. IAM demain c’est loin, non je m’égare), mais quand tu as fait 1h de route pour aller dans ce magasin, où tu avais réservé le truc… t’as les nerfs. Et rien n’angoisse plus l’expat’ que l’idée d’appeller l’indien, qui de toute manière ne vas rien comprendre au téléphone (un jour je vous parlerai de la préparation mentale nécessaire avant de commander de la bouffe chez le traiteur…). moralité, je vais démonter le bordel, me retaper la route, et puis galérer, gueuler, stresser, et avoir envie de prendre le premier vol air france qui passe par là. Et puis vous penserez, peut être aussi, que mes problèmes, sont des problèmes de riches. peut être en effet, mais mon agacement n’est pas du à ces petits problèmes en soit, mais plus à la fréquence, et la « bancalité* » générale de la simplicité de la vie ici.
* on accepte les néologismes en période de crise.
Alors oui, lorsque j’ai appris ça ce matin, j’ai pensé : « on s’en branle, vas vite prendre un petit dej’ avant que la cafet’ ferme », et puis j’ai eu 1, 2 et 3 meetings avec les US, mon petit déjeuner avalé, 9h du mat’ et je me suis dit « Ah quand même, c’est cool ». Disons que c’est sympa de savoir que le « produit » sur lequel tu as travaillé, suscite, de la part du public et du milieu du cinoche, un peu d’intérêt. Je vous avais dit, je crois, que je n’avais pas ressenti grand chose le jour de l’avant première (si ce n’est ma gueule de bois le lendemain matin) ? Et bien là c’est à peu près pareil, sauf que je n’ai bu qu’une flûte de champagne au studio, et que je n’ai aucune envie de me la coller ce soir. Bref, j’en ai pas eu une boule de poils dans la gorge. Mais tout de même, c’est gratifiant.
ah, et oui, j’ai acheté un piano (un digital, t’entends bien). et ça c’est chanmé.
Alors on oublie souvent un truc, c’est que que quand tu vis quelque part, et bien tout te parait normal autour de toi. L’espèce d’excitation que j’avais il y a 9 mois lorsque j’apercevais une vache au milieu de route est bien loin désormais : les rickshaws, le bordel, l’agitation, font partie de mon quotidien, je n’entends même plus les klaxons qui m’ont parus, jadis, assourdissants . Mais je suis à quelques mois du départ maintenant, et comme, quand avant de quitter la France, tu te gaves de fromage, je me dis qu’il faut que je me gave de culture indienne, pour pouvoir dire « J’ai vu l’Inde ». Alors Greg et Julie, Jeanne et moi même, sommes allés dans le quartier musulman du centre ville de Bangaluru, histoire de ne pas perdre le muscle du doigt, qui sert à appuyer sur le déclencheur. Voici une série de clichés sans prétentions, un décors qui me parait tout à fait normal, mais qui vous fera, vous, peut être halluciner.
Alors soit tu regardes Enquête Exclusive de M6, et t’as une image pourrie de Goa, où tout le monde se drogue, où la police est corrompue, les touristes sont ou des crétins irrespectueux, ou, des vieux hippies perchés, soit tu lis le Fonky Pigeon qui te raconte que Goa c’est le paradis. À toi de choisir ton camps. Je suis agacé de cette émission de merde, qui saccage en 30 minutes l’un des endroits qui m’a apporté le plus de bonheur en Inde. Et oui, tu le connais bien, le Fonky P prend toute came qui passe, c’est pour ça qu’il va à Goa. Mais putin, reste sûr terre : le Fonky P a juste trouvé une vibe sur laquelle surfer qui n’est présente que là bas. En attendant, Goa c’est peut être la nouvelle Ibiza, mais sans David Guetta, et rien que ça, ça vaut encore quelques endroits sauvages, sereins, incroyables. Il faut juste connaitre un peu. T’es bien, tu fais rien, tu vis dans une cabane sur la plage et tu manges du requin au barbecue (avec masala, ou NON) pour 3euros en sirotant un sex on the beach à 1euro. Oups, pardon, j’ai oublié de dire que ta bouffe regorge de MDMA, c’est peut être pour ça que j’aime tant l’endroit. Ah? et le sel de table c’était de la ketamine ? ah ben fallait le dire que les dauphins que j’ai vu n’étaient pas vrais. Et puis bien sûr qu’il faut faire attention quand tu t’assois sur la plage, car il y a autant de seringues remplies d’héroine que de crabes. Mais faut arrêter de déconner! Alors histoire de faire pencher la balance, certes il doit y avoir pas mal de drogues dans les raves de Goa, mais j’ai rencontré plus de camés dans les petites soirées branchées parisiennes, que dans les teufs folles et démesurées de la côte sud-ouest de l’Inde. Alors tu vois, j’ai pas envie de passer pour le bobo qui va te dire que Goa c’est aussi « ça » en te montrant des images de coucher de soleil, (même si j’en ai de très beaux), je vais justement te montrer des images de ma dernière teuf à Goa. Avec l’ami Giff, on s’était fait un cocktail de drogues type « pas encore arrivées en France », on a fait une petite overdose, et sortis de ça, on est allés à la « Silent Noise Party ». Le concept : tout le monde a un casque sur la tête, que tu loues à l’entrée, et ce casque sans fil, te permet de selectionner une fréquence afin de choisir ta musique préférée. Tu as le choix entre trois DJs. Alors tu te retrouves à dancer, au milieu de 600 personnes qui portent des casques et qui eux aussi dansent, parce qu’ils sont sous l’emprise de la drogue. Et le moment qui devient magique, c’est quand tu enlèves ton casque et qu’il n’y a pas un bruit autour de toi ( à part les mecs qui sont en badtrips et qui hurlent à cause du manque) et ça c’est plutôt cool. Tu peux discuter tranquillement avec ton dealer, sans hurler et tu peux même négocier ta cocaïne. Cette soirée est tellement folle, et bien sûr, elle se situe dans une petite crique sur la plage. Tiens, pour mieux que t’imagines le truc, voici quelques photos des plus beaux camés que j’ai trouvé. Alors si tu penses vraiment que Goa, c’est cet endroit de paumés, prends l’avion à CDG, viens, viens prendre ta dose de réalité.
Alors, non je ne publierai pas cette émission inquisitrice sur mon blog, ça me ferait gerber, mais voici un lien dailymotion vite fait : http://www.dailymotion.com/video/xnl252_enquete-exclusive-touristes-fetards-et-baba-cools-goa-la-nouvelle-ibiza-p2-2_news
« C’est devenu le paradis des amateurs de techno! On le surnomme même le «Ibiza Indien». À Goa, les raves party géantes s’enchaînent sur les plages de sable blanc. Ingrédients de la fête: alcool, musique psychédélique, et surtout drogue. Les touristes se procurent leurs marchandises chez les nombreux dealers, mais aussi chez les pharmaciens. Les policiers locaux corrompus profitent de ce trafic. »
…Et puis j’ai été en France, et là j’ai arrêté de raconter des choses, d’une part, je me suis dit que t’en avais rien à foutre de la France, tu la connais, et puis, les vacances, c’est sacré ! Ça peut te paraître bizarre que j’associe la France à vacances, mais non seulement ça rime, mais surtout, c’était des vraies vacances, plus qu’intenses (non il n’y a pas le dictionnaire des consonances en ma présence). Alors je ne t’ai pas parlé depuis trois semaines, j’ai pas eu le temps, et pas l’envie, et puis quand l’envie est revenue, je me suis demandé, qu’est-ce-que je vais bien pouvoir raconter, à toi, qui connais si bien le pays de la liberté, de la fraternité et j’ai oublié le troisième, peut-être volontairement, parce qu’il ne devait pas retranscrire tellement, à mon goût, le pays. Et puis finalement je me suis décidé. je vais te décrire la France comme un pays que j’ai découvert, ou au moins redécouvert. C’est pas si vrai en fait, parce que dès que j’ai mis le pied à Charles de Gaulle, j’ai retrouvé mes habitudes illico-métro : les relous dans le RER, le monoprix de Strasbourg Saint-Denis, la boutique de photo Négative +, le vélib, et mes potos. La vie m’a parue simple et normale, agréable, voire, jouissive. Tu sais quoi ? Paris est tellement propre, et l’air est tellement pur, tu ne me crois pas ? je te promets. Et puis les gens sont agréables, disciplinés, l’architecture est belle, les expositions sont incroyables, le cinéma jouit d’une diversité folle, il y a même des bollywoods. Dire que c’est cher, c’est ne pas avoir voyagé pour de vrai. certes, oui les choses sont chères, mais tu apprends à te démerder, et au moins tu en as pour ton argent. Vas manger au pakistanais rue des petites écuries, je te promets que pour 6 euros tu seras blindé. Bon j’ai conscience que je te choque, la vie est certes hors de prix, mais en même temps cette vie n’a pas de prix. Oui je mange pour 2euros ici, mais qu’est ce que je mange? certes un goût agréable, mais la qualité est comparable au kebab insalubre de St-Denis, où tu ne mettrais jamais les pieds, parce que t’as vu le patron essuyer un verre avec un mouchoir sale, pourtant son kebab il est à 2.50, 50 centimes de plus? Tu parles d’une différence. Et alors il y a un truc hallucinant en France, et personne d’entre vous là bas, pas un, ne réalise l’incroyable chance que c’est que de boire l’eau du robinet ! et elle est bonne en plus. la sncf est la compagnie la plus ponctuelle au monde, t’as envie de réagir hein ? mais c’est l’avantage de l’écrit, d’abord tu lis, puis après si t’as toujours envie de l’ouvrir, ce que j’espère, tu me réponds. Bon et puis y’a pas que Paname, il y a aussi la montagne, et ça, ça vous gagne. Le Doubs est une contrée de paix, où les gens vivent en harmonie, dans la joie, la « chaleur »( par -20) et le bien être. Et il fait froid tu vois, mais je suis pas tombé malade, ils avaient pas la clim’. Allons plus loin, les Alpes, sous leur manteau blanc, tu connais ? et bien t’as peut être vu la vidéo du mec perché qui s’extasiait devant un double arc-en-ciel ? et bien moi, quand je suis arrivé à Samoens, j’ai eu envie de pleurer, si on parlait d’énergies, je dirais qu’elles sont cosmiques dans l’est de la France. Non, je ne vis pas dans un film de Jacques Tati, et bien que je n’ai su jouer, sur le quart-de-queue de ma douce maison de Villers-le-lac, qu’une valse d’Amélie Poulain, mes deux semaines en France n’ont pas été aussi clichées. Douce France. Des étudiantes de science po, en plein sondage rue Montorgeuil, m’ont demandé si j’étais prêt à revenir aux Francs. Ah, mon pote, j’ai rigolé, et je leur ai répondu que si ça permettait de donner de la valeur au change à mes roupies, je voulais bien. Si tu savais comme mes soucis sont différents, les problèmes économiques de l’Europe me paraissent, vu d’ici, bien ridicules. Mais je suis très mauvais quand il s’agit de parler de politique et d’économie, et à l’école, j’avais plus un C, qu’un triple A, donc je t’en veux pas mon vieux coq, laisse moi me marrer : haha. Je pourrais te parler encore une centaine de lignes de cet incroyable pays, des vins chauds, des bars à Gainsbar, des feux de cheminées, des longues descentes du Grand Massif, des heures à lécher les vitres du TGV, du klaxon de ma voiture, que je n’ai même pas utilisé, de l’odeur du café parisien, de l’accordéoniste dans le métro, du vendeur de rose indien, de mes copains qui m’en paient un et de ma maman qui me glisse 5kg de comté. Bref, t’as saisi l’esprit non? T’as compris un peu ce que j’avais ressenti ? peut-être pas. J’entends bien, c’est dur pour toi, et tu l’as dis mec, 2012, pourvu que sarkomence pas. Mais tout de même, je te demande juste un truc mon frère, juste, quand tu seras arrivé au point final de cette phrase, et que tu te lèveras de ta chaise Ikea, regarde autour de toi, et fais juste l’effort, 5 minutes, de tout oublier, comme si tu connaissais pas ce pays, et essaie d’apprécier, de réaliser où tu es, et là mon pote, même si tu penseras » Fonky P, quel espèce de vieux hippie qui vit en Inde », j’espère que tu comprendras, un instant seulement, la chance que t’as.
Pas besoin d’en dire plus. Demain soir, c’est Paris.
Encore un réveil en sursaut. Mais tout le monde est encore autour de moi, je l’ai pas loupé. Il est 3h32 mon avion est censé décoller à 4h10, mais un type est venu me dire que le vol était retardé de 30 minutes. J’aime pas. Maintenant il est 4h du mat’ et tout le monde dort. Je devrais, moi aussi, dormir parce que dans 5h je dois être au boulot … Mais j’ai pas envie d’avoir ce réveil désagréable à nouveau alors que je pars dans 30 minutes si Air India daigne nous affréter un coucou. Et je dois avouer que regarder les gens qui se mettent volontairement ou involontairement dans des positions incroyables pour dormir me font marrer. Les gens sont beaux quand ils dorment, ils sont fatigués d’un week-end ensoleillé à Goa, et comme moi dans quelques heures ils iront bosser. Mais ça on a encore quelques heures pour en rêver.
Mon avion n’a finalement décollé qu’à 7h30, le chauffeur à l’aéroport n’était pas là, le taxi qui m’a pris était bizarre, j’ai bossé en mode survie… Mais tout ça c’est une autre histoire !