The fonky pigeon's diary
Le Fonky Pigeon vous offre ici ses pensées, ses kiffs et coups de gueule, sa vie quoi.

Mamie Blandine.

Te souviens-tu, quand je venais te dire « On zoue Mamie? » ? Tu me regardais en souriant radieusement, tu te baissais vers moi et tu répétais pour me taquiner : »Mamie, on zoue, Mamie on zoue ? » et puis tu sortais tout un tas de jeux de société, on s’installait sur la table de la salle à manger tous les deux, et on zouait pendant des heures. « Mamie, on zoue ! Encore et encore! « Tu sais mon gamin », me répondais-tu, « On ne peut pas jouer tout le temps », mais tu finissais toujours par accepter la dernière partie. Encore un peu de bonheur, youpi ! Et puis, il faut bien que la dernière partie ait une fin. Et tu me disais « Il faut que tu joues tout seul maintenant. « Alors, pour te faire plaisir, et pour te montrer que j’en étais capable, je jouais tout seul.

Mamie, j’ai le souvenir que la vie avec toi était un jeu, insouciant et léger, un bonheur perpétuel, un sourire qui ne disparait pas. Je te remercie de m’avoir transmis cet amour, je te promets je ne le gaspille pas, je fais comme toi, j’en sème tant qu’il y en a.

Aujourd’hui, je suis sûr que tu m’entends dire « On zoue Mamie ? », même si je ne suis pas là pour te le dire. Aujourd’hui Mamie, je joue tout seul comme un grand, tu peux être fière de moi. Aujourd’hui Mamie, je pense à toi très fort, je t’aime Mamie, tu vas me manquer ! Repose-toi bien, tu l’as mérité. La vie était une longue partie de plaisir, tu l’as gagnée en beauté.

Aurevoir ma Mamie Blandine.

Ton Florian.

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Tout le monde dans une bibliothèque cherche quelque chose.

Cet aprem, je suis allé à la bibliothèque. Certain vont à la bibliothèque pour emprunter des livres, d’autres pour dormir, moi, j’aime le calme et la sérénité que dégage ce genre d’endroit. J’aime m’installer sur l’une de ces petites tables parmi d’autres gens studieux et silencieux. J’aime les regarder travailler, réfléchir. Ils m’inspirent. J’aime les espionner du coin de l’oeil et tenter de savoir ce qu’ils recherchent. Parfois c’est simple, il suffit de regarder les ouvrages sur la table, mais des fois, je ne saurai jamais. Cet après midi, j’ai eu besoin d’emprunter un des ordinateurs pour une rapide recherche. J’ai tourné quelques minutes dans cette immense bibliothèque de 7 étages pour trouver un poste de libre. Je me suis finalement installé entre une personne âgée et un quarantenaire bizarre à casquette. Il ne m’a pas fallu longtemps pour savoir ce que cherchait le quarantenaire bizarre : une femme. Il était sur un de ces sites de rencontre un peu glauque, vous savez, ceux où il n’y a pas de femmes de magazines dedans, mais que des femmes trop mûres, qui pensent qu’il faut se prendre en photo de manière un peu “pute” pour attirer les hommes. Le résultat de ces selfies à base de bas-résilles sur ces chairs suintantes rougeâtres et visages trop maquillés pour cacher l’effet de la détérioration de l’âge m’a donné un peu la nausée. de l’autre côté, le petit vieux discutait avec une femme asiatique plus jeune, mais le vieux ne cherchait pas de femme lui, il cherchait autre chose; Il cherchait à comprendre comment fonctionne Facebook. Et il posait plein de questions à la jeune asiatique : pourquoi il y a tout ces gens sur mon “mur” Facebook ? “Pourquoi je vois toutes ces bêtises qu’ils racontent ? Et toutes leurs photos ostentatoires ?” J’aurais voulu lui répondre que c’était l’essence même de Facebook, et qu’il n’avait pas fini de déprimer face aux réseaux sociaux, mais qu’éventuellement ça pourrait le réconforter d’être un ignare de la toile, car il n’aurait pas à supporter l’asile de débiles que représente Facebook et consort. La jeune asiat’ a été plus pédagogique que moi, et lui a juste expliqué comment régler les paramètres de confidentialité. Une fois le problème solvé, il n’y avait plus rien sur sa page Facebook. Il avait l’air satisfait mais un peu frustré. Du coup, il a commencé à cliquer sur les liens de pubs tout autour qui proposaient des sites de rencontres glauques en pensant qu’il allait retrouver des amis. Peut être.
Mes deux voisins étaient complètement perdus sur les Internets, et moi j’étais au milieu, face à ma page de recherche toujours blanche (enfin, blindée d’infos inutiles et non intuitives comme tous les moteurs de recherche de bibliothèque). Mais j’ai plus eu trop envie de toucher le clavier. Les équipements informatiques publics sont toujours un peu glauque. Mon clavier paraissait si sale, avec comme une espèce de croûte orange autour des touches dont la moitié étaient effacées par les usagés aux doigts gras.

Arnold H, le petit vieux à côté de moi, venait de trouver son petit fils sur Facebook, et maintenant c’était lui qui expliquait beaucoup de chose à la jeune asiat’, sur sa vie, il montrait les photos de son petit fils, et racontait sa vie, je ne suis pas sûr que c’était ce que la jeune asiat’ cherchait à savoir, et elle ne cachait pas son désintérêt. Mon voisin quarantenaire à casquette avait fermé ses sites de rencontres depuis qu’il avait vu que je regardais un peu partout autour, et faisant semblant de regarder les nouvelles. C’est bizarre d’aller dans une bibliothèque pour lire les infos sur internet. J’ai pensé que la prochaine fois, si je cherchais l’inspiration, j’irais dans un cybercafé. Dans le fond, j’étais venu chercher la concentration et quelques ouvrages, je suis reparti les mains vides, mais ayant lu un bon extrait de comédie humaine.

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À travers.

J’aime regarder à travers quelque chose. Un tableau, une fenêtre, un appareil photo. Non seulement, cela m’aide à me focaliser sur cette partie que je vois vraiment, mais aussi à me poser des questions sur ce que je ne vois pas. On n’enferme pas un sujet dans un cadre : on ne prend qu’une partie de vie, car celle-ci raconte une histoire, ou parce que on ne peux pas prendre plus, ou parce qu’il n’y a que ça qui nous intéresse. Mais il faut se rappeler que chaque fois, il y a quelque chose autour de ce rectangle, quelque chose de beaucoup plus vaste, quelque chose d’infini que l’on ne connais pas encore.

 

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ma vie en relief.

Même si durant ces périodes de travail intense, ma vie parait plate et monotone, il n’y empêche qu’il y a toujours du relief et des bons moments ici et là.

Ps : les images ci-dessous sont des GIFS (images animées). Si elles ne bougent pas, laissez le temps à votre navigateur de les charger pleinement)

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Un autre weekend de kite à Nitinat Lake

Juste une vidéo de notre petit weekend à Nitinat Lake, il y a 2 mois, avec Tom et nos nouveaux amis Mat et Carole, des authentiques du sud de la France, des vrais, avec pleins d’expressions incompréhensibles qui n’ont jamais dépassé l’Aveyron, mais qui sont un vrai régal à entendre. Je vous assure. Samedi soir, on faisait un feu de camps au bord du lac et je me régalais de les écouter raconter leurs histoires dans leur dialecte rocambolesque, puis une amie Canadienne-anglophone s’est joint à nous. On a du passer à l’anglais par esprit d’équipe pour notre convive; d’habitude, ça ne me dérange pas du tout, c’est devenu assez naturel, mais là, j’étais le mec le plus frustré du monde, parce que forcément, ben, ils n’avaient pas les mêmes expressions délirantes en version sous-titrée. J’ai pensé, du coup, que la France serait sacrément chiante sans les accents, les patois et les argots. Alors voilà, on s’autocritique souvent en se disant, on voyage pour finalement rencontrer d’autres Français, et parler Français, mais franchement, ça fait vraiment du bien de temps en temps. Je ne pense pas que les Français soit plus marrants que les autres, mais on partage une même culture et une même langue avec laquelle on aime faire les pires jeux-de-mots, les pires références, et rien que ça, des fois, ça permet de passer les meilleurs moments. Apprendre une autre langue sert à communiquer mais pas toujours à pleinement s’exprimer. Bref, à part ça, et ben, on a bien kité, et puis c’était le fun, et pour ça, selon moi, il n’y a pas de traduction.

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Quelques jours en Oregon avec moi-même

L’autre jour, je suis reparti en Oregon. J’avais quelques jours de congés à prendre et j’étais tout seul. Ma dulcinée était en vacances en France et mes amis travaillaient. Et puis j’avais envie d’essayer de partir en solo. Un road trip en solitaire. j’avais décidé d’aller à Hood River, un endroit réputé pour le kitesurf, à 600km de Vancouver et d`y passer quatre ou cinq jours. Les premières heures furent relaxantes, tu conduis et puis tu t’arrêtes où tu veux, quand tu veux, et puis tu fais ce que tu veux. Mais j’ai assez vite ressenti un vide immense. Un ennuis profond, et puis surtout cette frustration de ne pas pouvoir partager mes réflexions, mes moments de joies et de miséricordes. En quelque sorte, j’ai remarqué que tous mes sentiments étaient à peu près égaux quand j’étais seul. Pas plus excitant que ca. Pas plus motivant, pas plus déprimant, un peu comme si mes émotions étaient juste bridées.

Et puis j’ai vite rencontré ce type. Cheveux châtains, yeux verts, 1m80 environ, 80kg, mal rasé, un peu perdu dans ses pensées, mais tout de même motivé pour faire des trucs. J’ai passé mes cinq jours avec lui. C’était bizarre de passer cinq jours avec un inconnu, mais des fois j’avais l’impression de bien le connaitre. On a beaucoup parlé, et puis y’a des moments aussi où on ne se parlait pas du tout. On a pas trop rigolé, un peu, mais on s’est plutôt souvent engueulé. On a fait du kitesurf ensemble, on a bu des bières, il a conduit mon van, et dormait avec moi. On a fait a peu près tout ensemble. Il était souvent d’accord avec moi, et parfois il me voulait l’opposé: dans ces moments, ben on était tous les deux paralysés. Et puis ce type avait le pouvoir de disparaitre à volonté, dès que je rencontrais d’autres personnes, je me retournais, et il avait disparu. Y’a des fois même où je le cherchais pendant des heures, mais il finissait toujours pas revenir, généralement quand j’étais assis seul dans mon van à conduire ou à attendre le vent. Ce type adorait juste regarder les gens, et les disséquer, imaginer leurs vies, leurs peurs, leurs joies, leurs amours. Il observait silencieusement, et ensuite me narrait à haute voix tout ce qu’il pensait. Et il faisait aussi la même chose avec moi, mais moi, il avait du mal à me cerner vraiment, même si il avait cette agaçante attitude à prétendre tout savoir de ma vie.

J’ai tout de même pas mal appris à le connaître au final. On est allé à Portland ensemble (une journée sans vent) et puis on a visité le musée d’art, il était si critique, si sarcastique… mais des fois il avait pas tort. On est allé au restaurant le soir, tous les deux (“Le Pigeon”, j’ai mangé du lapin… frit.. c’est quoi le problème des américains à frire tout ce qui passe ? je vous ai déjà parler des huitres frites ? anyway…), on s’est assit au comptoir, et on a regardé droit devant sans se parler du tout, pendant 1h30. Par contre en allant nous coucher, il m’a parlé parlé parlé et il ne voulait pas se taire, il m’empêchait de dormir. Il remettait en cause la vie la mort, l’amour la haine, le yin et le yang, Ce type avait un argument contraire à tout, c’était si compliqué.

Après quelques jours, il m’a vaguement fait penser à quelqu’un. A plusieurs personnes en fait, que j’avais entrevu comme lui, ici et là au cours de ma vie, qui venaient parfois juste pour me contrarier, me troubler ou pour m’épauler et m’aider à prendre des décisions. Toutes ces personnes précédentes ressemblaient à ce mec et toutes me parlaient de la même façon, me prenant un peu de haut et me mettant à l’épreuve. Et puis ces gars, ils vont et ils viennent, parfois ils te posent pleins de questions et t’abandonnent sans te donner les réponses. Parfois, ils parlent tellement que t’as envie de les foutre dehors à coup de pied au cul, mais aussi, souvent, t’aimerais passer à peine plus de temps avec eux, mais c’est trop tard, disparus. Alors durant ces cinq jours, même si ce n’était pas toujours l’extase, j’ai décidé d’apprécier sa présence, et de l’inviter le plus souvent que je le pouvais, de l’écouter, et d’être plus patient avec lui. Peut être que ce type peut m’apporter quelque chose ? Quelques réponses ou du moins quelques pistes ? Il a pas l’air plus sage que moi, plus intelligent que moi, mais il ressent les choses d’une autre façon, il réfléchit et moi j’agis. En rentrant je lui ai dis qu’il pouvait passer quand il voulait. Il m’a dit pourquoi pas, que de toute manière il habitait chez moi.

C’était intéressant de se retrouver.

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Continuons à danser au Canada.

Vous comprendrez bien que danser est une métaphore. Je suis un bien piètre danseur bien qu’issu d’une famille de danseuses. Mais la danse c’est la vie et vivre c’est danser d’une certaine façon. Et puis tout ce qu’on fait au fur et à mesure de la journée, de l’année, de sa vie, ressemble à une danse effrénée. Si je raconte tout ça c’est qu’il y a deux jours, j’ai obtenu un nouveau permis pour rester vivre et travailler chez les bûcherons bouffeurs d’érable, et j’étais heureux. Je me suis senti léger et terriblement satisfait. Je n’ai compris qu’en surface ma joie: content de rester dans ce beau pays, de continuer à bosser dans cette boîte cool, d’avoir à portée de main tous mes loisirs sportifs, ect… Mais il y avait tout de même une nostalgie en moi, des zones d’obscurité que je ne comprenais pas, et plus je cherchais à comprendre, plus le spleen m’envahissait.

Puis plus tard dans la journée, j’ai écouté la lecture d’un extrait du texte « Danse, danse, danse » d’Haruki Murakami. Et tout est devenu plus simple :

« […]
— Oui, je comprends, répondis-je. Mais alors qu’est-ce que je dois faire ?
— Danser, répondit l’homme-mouton. Continuer à danser tant que tu entendras la musique. Tu comprends ce que je te dis ? Danse ! Continue à danser. Ne te demande pas pourquoi. Il ne faut pas penser à la signification des choses. Il n’y en a aucune au départ. Si on commence à y réfléchir, les jambes s’arrêtent. Et si tes jambes s’arrêtent de danser, moi je ne pourrais plus rien faire pour toi. Tous tes liens disparaîtront. Pour toujours. Et tu ne pourras plus vivre que dans ce monde-ci, de ce côté. Tu seras aspiré par le monde d’ici. C’est pour ça qu’il ne faut pas t’arrêter. Même si tout te paraît stupide, insensé, ne t’en soucie pas. Tu dois continuer à danser en marquant les pas. Et dénouer peu à peu toutes ces choses durcies en toi, un tout petit peu au début. Ce n’est peut-être pas encore trop tard. Utilise tout ce que tu peux. Fais de ton mieux. Il n’y a rien dont tu doives avoir peur. Tu es fatigué, c’est sûr. Tu es fatigué et tu as peur ? Ca arrive à tout le monde. Tu as l’impression que tout va de travers, que le monde entier se trompe. Et tu t’arrêtes de danser…
Je levai les yeux et contemplai l’ombre sur le mur.
— Mais il n’y a rien d’autre à faire que danser, poursuivit l’homme-mouton. Et danser du mieux qu’on peut. Au point que tout le monde t’admire. Si tu fais ça, alors peut-être pourrai-je t’aider moi aussi. Voilà pourquoi il te faut danser. Danser tant que la musique durera.
DANSE. DANSE TANT QUE LA MUSIQUE DURERA. »

Nitinat lake, c’est loin loin, et c’est bien.

L’autre jour, je suis allé au lac Nitinat. Tout le monde m’avait parlé de ce lac, comme étant « le » lac nord américain dans le sens où tous les jours ensoleillés, le vent soufflait fort et constant sur une eau plate et délicieusement tempérée. Alors quand je dis que tout le monde m’en avait parlé, je veux dire la communauté de kitesurfeurs de Vancouver. Et j’insiste sur ce point, car à part eux, personne n’a connaissance de ce lac, même pas les locaux vivant à moins de 100km de celui-ci; Et bien que Google sache le localiser, il ne sait pas comment y aller. Nitinat est sur l’île de Vancouver, de l’autre côté à 120km de Nanaimo. J’ai donc pris le ferry aux aurores dans l’espoir d’être là bas en fin de matinée. Sachant que 60km se faisaient par l’autoroute, je me suis dis que ce serait vite fait, bien sûr. Après les 60km d’autoroute, arrivé au dernier village indiqué sur la carte (Youbou. c’est le nom du village. C’est drôle comme nom Youbou, non ?)un panneau indiquait : « fin de route publique », et à peine passé le panneau, plus de réseaux, plus de GPS, plus d’internet : à l’ancienne. Mais au bout de quatre heures à ne pas vraiment être sûr de moi et à me perdre, j’ai aperçu le lac. Soulagement. J’ai kité pendant trois jours, dormant dans mon camion, à 1h30 de toutes civilisation. Le seul village proche est une triste réserve d’indiens, un décors à la madmax où d’onéreuses maisons sont encerclés de déchets, où la vie à l’air d’être en point d’orgue, un peu comme quand tu appelles ton fournisseur d’accès internet pour résoudre un problème et qu’il te met en « attente », ce village est en attente, de je ne sais quoi. D’après les habitués du spot, les indiens vivent ici de pêche illégale et de trafic de drogue. J’étais seul au bord du lac, avec quelques autres passionnés venus chercher le vent. Quel drôle d’endroit. Magnifique solitude avec la seule crainte d’être attaqué par un ours. L’Amérique du nord c’est aussi ça, des terres encore à l’état sauvage, comme-ci l’humain avait décidé de ne pas y toucher, une crainte et un respect.

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Mon sourire, il vient de toi.

Cette sensation de gravir les marches silencieusement pour monter au grenier. Je monte doucement, je veux pas qu’elle me voit ni qu’elle m’entende. Mon ventre brûle d’excitation, je ne sais pas pourquoi, mais quand on a 6 ans on n’a pas besoin de savoir pourquoi on est heureux. Elle écoute Hugues le Bars, « et puis monsieur madame mademoiselle… » Je suis presque en haut des marches. De chaque côté il y a ces immenses tableaux blancs avec ces visages des femmes d’Isadora Duncan tracés au pinceau large à la peinture si noire. Ils me regardent comme des fantômes ou des saints, je sais pas, mais ils ne disent rien, ce sont un peu mes complices. Encore quelques marches et là, s’ouvre devant moi son univers coloré, rempli de costumes, de tissus, de ces portraits de Frida Kalho, ces tableaux d’Hundertwasser. Ça y est je l’aperçois. Face à la machine à coudre, concentrée. C’est maintenant la 2ème valse de Shostakovich qui envahi les airs talllaaaalllaaaala tadada tadada taddddaaammm, comme si tout ce décor rocambolesque se mettait à tourner, danser, et au centre, la chorégraphe imperturbable, rayonnante. Elle est là, à la lueur de sa lampe à bras articulé à confectionner le prochain danseur. La lumière diminue et ses mains manipulant les étoffes s’animent parfaitement avec tant de précision et de passion sur la suite numéro 3 en ré mineur de Bach, comme le solo du spectacle.
Il fait froid, il fait toujours froid dans ce grenier, sauf l’été où il fait trop chaud. Mais là c’est pas l’été. C’est pas l’hiver non plus mais il fait froid, mais il y a cet énorme radiateur en céramique qui chauffe les 3m2 où elle est, et près d’elle, il a l’air de faire chaud. Il fait toujours chaud près d’elle. Je ne suis plus très loin et plus je me rapproche, plus je suis heureux. Je ressens son bien-être, sa douceur, sa sérénité. J’attends là, caché derrière un gros coffre en bois. Je sais qu’elle sais que je suis là, mais je préfère me cacher, c’est bien plus drôle, et puis autant faire durer ce moment. Ce bonheur dans mon ventre, je le connais, c’est la sécurité, l’amour, la chaleur, la vie, il ne peut rien m’arriver tant que je suis près d’elle. Et puis j’attends les quatre premières mesures de la nocturne de Chopin pour me lever doucement. « Maman ? ». Elle se retourne vers moi, m’inonde de ce regard et m’offre le plus beau sourire que j’ai vu, celui qui dit oui à la vie. Le pianiste termine sur un point d’orgue. Ce sourire, c’est ce que je garde au fond de moi, il résonne toujours, c’est le mien et il vient de toi.

Bonne fête maman.

Los Angeles, retour au point de départ, retour 3 ans auparavant.

200 articles plus tard, je suis de retour à Los Angeles. C’est ici, dans cette mégalopole décadente que mon aventure à travers le monde a commencé, 3 ans auparavant, le 9 avril 2011, je publiais le premier article de ce blog. Le Fonky Pigeon’s diary était né, mes pérégrinations ne faisaient que commencer.

J’avais 22 ans, j’en ai 25 maintenant presque 26, et entre-temps, il y a eu des dizaines de milliers de kilomètres parcourus, plus de 35 avions empruntés, des dizaines de pays visités, des méga-tonnes de bouffe de compagnie aérienne ingurgitées et des centaines de personnes rencontrées. Je ne sais pas ce que vous avez fait en trois ans, mais de mon côté, avec du recul je crois que je n’ai pas tellement chômé. Est-ce-que j’en sais plus sur le monde ? peut-être. Est-ce-que j’en sais plus sur moi ? Pourquoi pas. Est-ce que je suis fatigué ? Certainement pas. J’ai l’impression de n’avoir pelé que la première couche de l’oignon. Certains disent que les gens qui voyagent sont des gens qui fuient quelque chose. Moi je crois plutôt que je cherche quelque chose, mais je ne sais pas vraiment encore quoi. J’ai déjà trouvé quelques trucs, pas les bons probablement mais c’est pas grave : C’est quand tu cherches un truc perdu important, genre tes clefs, que tu retrouves plein de trucs inutiles mais qui font sacrément plaisir, comme une vieille photo de famille sous le lit, quelques dollars dans une paire de Levi’s sale et un carnet de voyage oublié au fond d’un placard; La photo te redonne du courage, tu t’achètes un stylo avec les dollars, et tu continues le récit dans ton carnet.

Et puis voilà, je suis de retour à Los Angeles. Alors mon pote Tom m’a dit un jour « moi je voyage jamais deux fois aux mêmes endroits, car y’a trop d’endroits à découvrir sur cette terre pour perdre du temps à voir les choses en double ». Éventuellement. J’approuve. Sauf que ce lieu évolue en fonction de ton regard. Los Angeles n’a pas changé, DreamWorks non plus, les amis Olivia, Mathias, Perrine, Baptiste, Seb, Julien, etc, étaient toujours là, accueillants et géniaux (Greg, Julie, Matthieu, vous m’avez terriblement manqué). Los Angeles n’a pas changé, mais moi si. Et alors que je ne rêvais que d’y revenir, la ville m’a laissé l’impression d’un endroit bouché, occupé, trop contraignant. L’endroit qui trois ans auparavant m’avait paru être « the place to be », était désormais juste une étape de passée. Mon regard n’a pas créé la magie du lieu cette fois-ci. Mais la ville, Los Angeles, m’a aidé à me rappeler. Non pas qui je suis, non pas où je vais, mais plutôt d’où je viens et qu’importe la direction, il faut continuer.

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