Un trajet de métro.

by FonkyPigeon

Il y a toujours cette femme à côté de moi, portant en général des perles aux oreilles, cette petite redingote de feutre, son sac à main un peu brillant sur les genoux qui s’agrippe à son téléphone et qui le cache immédiatement quand je me tourne, on représente tous le danger de quelqu’un. En face de moi, y’a ce type qui dort, parce que sa nuit à été courte, et à son odeur, alcoolisée. Un reste de vin rouge sous forme de tache sur son pull jaune viff, il se fou de tout le monde, mais la nana au portable à ma gauche ne l’aime pas aux vues de la moue qu’elle fait quand elle le regarde. Y’a aussi toujours ce couple, qui à n’importe quelle période de l’année part en vacances. Ils sont anxieux, ils ont un avion à prendre, ils paraissent fatigués, les gens qui partent en vacances en métro sont toujours fatigués. Et puis il y a cette nana qui rentre dans la rame, aussi belle que autaine. On voit qu’elle perturbe la population masculine du train, elle pousse des petits soupires d’agacement en tournant lourdement la tête dès qu’elle croise un regard mâle. La nana aux perles se sent ignorée, elle gigote. Arrive cette dame de l’est avec un bébé dans les bras, différent de la veille (le bébé seulement), et vient me soliciter pour que je lui donne des sous, « parce q’il y ny a ply à mangy pour byby, y’y n’a py de travail, y’y n’a plus de mangy.  » Puis l’accordéoniste enchaine, un medley de 5 airs populaires qu’il a réussi à compiler en 1 minutes trente, quête incluse. Personne ne se parle, personne ne se regarde, par contre tous le monde regarde son smartphone et parle avec lui. Les touristes habillés criards regardent la carte ratp, derrière un parisien qui ne veut pas se pousser. Une très grosse dame occupe deux places et nargue une petite vieille qui veut s’assoir, une femme enceinte s’énerve contre le mec au pull jaune qui dort et squatte « sa place réservé », la belle nana, ferme les yeux pour ne voir plus personne, ma voisine s’agace de plus en plus, l’accordéoniste nous remercie et joue « les amants de saint-jean », le byby se met à pleurer, en manque de drogue, une foule de pinguin costar-cravatte-mauvais goût fait irruption dans la rame smartphone dans la main droite, le Direct-matin dans l’autre. Les gens suent, les femmes soupirent. je me suis levé, colé au fond, je demande à ce qu’on m’ouvre la porte, je m’extirpe péniblement en jouant des coudes. Je subis les ‘mttt’, les ‘pssss’, les ‘roo’. Je fini par atteindre le quai, me retourne en remerciant mes camardes de m’avoir laissé passer, mais ils ne me remarquent plus, comme si je n’avait pas existé, et continuent de vivre dans ce joyeux bazar. Les portes se referment et je regarde cette troupe continuer la pièce sans moi. Un jour il faudra que j’aille jusqu’au bout de la ligne pour connaitre la fin de l’histoire, car demain et après demain je revivrai le même épisode, un peu comme toujours le même film pris au milieu sans même connaitre le titre.